CINEMAROC

FIFM 2001-2006

Un Festival International en devenir

Depuis la création du FIFM, le Maroc a toujours œuvré afin de créer toutes les conditions nécessaires pour assurer un plein succès à cette manifestation qui, en quelques années, a pu se transmuer en une fête de grande envergure.

Cette rencontre culturelle annuelle de renommée internationale, qui s’inscrit dans le cadre d’une stratégie visant des objectifs à la fois économiques politiques et artistiques, vise à promouvoir et à faire connaître le produit-Maroc à l’échelle planétaire. Doté d’un budget global situé de 20 à 25 millions de DH, le festival table sur davantage de visibilité à l’international, notamment sur le plan médiatique.

Un rêve (inter)national

Il aurait fallu attendre une décennie pour pouvoir concrétiser un rêve qui s’était élaboré dans les années 1990. Mais l’émergence du Festival International coïncidera avec celle du 21ème siècle. Convaincu du bien fondé d’un tel projet et de sa portée internationale, avec des retombées économiques et culturelles, le jeune Roi adopte la manifestation et encouragea les promoteurs pour donner le coup d’envoi en l’an de grâce 2001. Ainsi, une nouvelle ère semblait être inaugurée.

En fait, on avait pris conscience de la nécessité de faire du Maroc une plate-forme pour rehausser à l’échelle internationale l’image de marque dont avait impérieusement le pays. Et donc la ville de Marrakech était tout à fait indiquée pour en vanter les mérites. Les splendeurs d’une civilisation ancestrale ne pouvaient que servir de valeurs sûres à même de rendre le cadre plus attrayant pour l’authenticité et la modernité d’un Maroc en devenir.

C’est pourquoi, dès le départ, le Festival international du film de Marrakech (FIFM) servit d’interface pour développer une approche originale et un mouvement multiforme en vue d’asseoir un style de communication à l’échelle planétaire: la libéralisation politique et sociétale du pays qui était entamée à l’aube du 21ème siècle traduisait bien l’ardent désir de voir le pays bénéficier d’un solide support publicitaire pour asseoir l’expansion économique technologique et touristique avec pour objectif : 10 millions de touristes à l’horizon 2010.

Une ouverture sur fond de crise

Le Premier Festival fut organisé conjointement par la société OFF (Organisation de Festivals de Films), présidée par le producteur français Daniel Toscan du Plantier (qui fut à la tête du comité exécutif du Festival de Marrakech), et également président d’Unifrance (structure qui assure la promotion du cinéma français dans le monde), ainsi que de l’Académie des Césars, et par un comité marocain regroupant des personnalités officielles, politiques, des cinéastes et des hommes d’affaires.

Conçu pour être le plus grand rendez-vous du cinéma à l’échelle de tout un continent, le Festival subit de plein fouet les conséquences des attentats aux Etats-Unis. La première édition s’ouvrait un vendredi 28 septembre, en l’absence des vedettes américaines mais devant une importante délégation française. La plupart des stars américaines invitées, parmi lesquelles Faye Dunaway, Matt Dillon et Andie MacDowell, avaient en effet renoncé à faire le voyage. Contrairement à la délégation française. Impressionnante, elle comptait notamment les réalisateurs Claude Miller, Francis Veber, Benoît Jacquot, les comédiens Richard Anconina, Patrick Bruel, le producteur Daniel Toscan du Plantier ou encore les comédiennes Emma de Caunes, Elsa Zylberstein, Anouk Aimée. Autres invités d’honneur: Youssef Chahine, venu présenté sa nouvelle réalisation (Silence, on tourne) et son compatriote le comédien Omar Sharif, qui furent primés pour l’ensemble de leur carrière.

Pour cette première édition, une cinquantaine de films furent programmés. Une sélection de 8 longs métrages internationaux inédits étaient en compétition et furent départagés par un jury composé de professionnels.

Le premier Festival International de Marrakech eut lieu du 28 septembre au 2 octobre. A l’occasion de la cérémonie d’ouverture, Claude Lelouch en avait profité pour évoquer le climat de tension qui prévalait en cette année : “le Festival de Marrakech est très important surtout depuis que le cauchemar a déclaré la guerre au rêve”, soulignant qu’“ici le rêve gagnera la deuxième manche”.

Le champ de la convergence

Boycotté, au moins par les Américains lors de la première édition, pour cause du 11 Septembre, le FIFM accueillit amplement la deuxième année Francis Ford Coppola, parmi d’autres étoiles du 7ème art, et depuis lors ne cesse de gagner en notoriété et en qualité…. Désormais, cette manifestation deviendra un rendez-vous annuel, où se rencontreront professionnels et acteurs du cinéma des quatre coins du globe.

Alors que les conflits perdurent sur fonds de guerre et de tensions, le ghota du cinéma occidental se retrouvait dans un pays arabe et musulman comme pour défier un certain scepticisme qui se nourrit des tendances belliqueuses. La ville de Marrakech ouvrit ses portes aux réalisateurs, comédiens, producteurs, distributeurs et journalistes du monde entier pour partager leurs expériences et présenter leurs œuvres au grand public. Au programme: compétitions de longs et courts métrages en provenance du monde entier. La manifestation eut l’honneur de recevoir trois géants du cinéma américain à qui elle rendra hommage : David Lynch, Francis Ford Coppola et Martin Scorsese. Ce dernier sera élevé par le Roi Mohammed VI au rang de Commandant de l’ordre des Wisam Alaouite, plus haute distinction du royaume.

Mais cette seconde édition fut émaillée par la Protestation de cinéastes africains au festival de Marrakech qui s’insurgèrent contre “leur enfermement dans une classification “cinémas du Sud”. Ils s’affirmèrent “très surpris que le festival, qui a pour ambition d’être le lieu de rencontre et d’expression de toutes les cinématographies, creuse d’emblée un fossé entre les auteurs”.

Jamais deux sans trois

La vocation internationale du FIFM s’affermit lors de l’édition 2003, avec cette ambition d’organiser et de pérenniser non seulement une grande manifestation cinématographique capable de rivaliser avec les grands festivals existant dans le monde du 7ème art, mais en cherchant à donner dés le départ au festival de Marrakech une identité qui serait celle de l’ouverture et de la modernité.

Fort d’une notoriété qui dépasse désormais les frontières du Maroc et d’une adhésion grandissante du public (20.000 dans les salles en septembre 2001, 40.000 en 2002), la 3ème édition du FIFM s’articula autour d’un choix éditorial rationnel et rigoureux dans la programmation, d’une compétition officielle internationale, exigeante et ambitieuse, d’une nouvelle section consacrée à la découverte d’oeuvres novatrices et de nombreuses avant-premières. Pendant six jours et six nuits, le public découvrit une soixantaine de films en présence des équipes de production et des acteurs et actrices venus du monde entier.

La ville rouge ne vivait plus qu’au rythme du cinéma, des films projetés et des vedettes invitées. Résolument tourné vers le monde, le Festival international du Film de Marrakech vit la participation de quinze nationalités.  Soixante-douze films internationaux furent inscrits au  programme dont douze longs métrages et neuf courts métrages Le Maroc, quant à lui, défendit ses couleurs en compétition officielle avec Les yeux secs de Narjiss Nejjar et Momo Mambo de Laïla Marrakchi.

Cette édition fut marquée par l’organisation au Palais Badii, d’une soirée en hommage à la mémoire de Daniel Toscan du Plantier, ancien président du festival disparu à l’âge de 61 ans. Une programmation spéciale dédiée aux oeuvres cinématographiques de ce personnage incontournable du cinéma français.

L’année de la transition

La particularité de la quatrième édition résidait dans le fait que celle-ci marqua un tournant dans la progression qu’avait connu cette manifestation depuis son initiation en 2001. Au départ, le festival était éclectique, voire jugé « discriminatoire»  à certains égards. La prise de conscience fut lente et mais effective puisqu’on se rendit compte qu’il fallait imaginer un festival adapté au pays et aux Marocains et surtout faire impliquer le grand public qui est en réalité le destinataire de cette faste manifestation. La quatrième édition s’énonça différente des précédentes dans la mesure où elle avait atteint un niveau artistique certain et qu’on avait procédé à une mise à niveau qui tendait à affirmer ce festival dans la cour des grands.

Dans sa conception initiale, le Festival du film de Marrakech était organisé pour servir d’espace de rencontre à différentes cinématographies et fonctionnait comme une plate-forme pouvant attirer les investisseurs potentiels en matière de cinéma et particulièrement les producteurs étrangers. La première formule entendait à juste titre, faire découvrir, d’abord, le pays avec ses richesses naturelles, ses paysages et son infrastructure pouvant intéresser les maisons de production européennes et anglo-saxonnes à venir tourner au Maroc. Marrakech remplissait toutes les conditions pour pouvoir servir de label et séduire les réalisateurs qui avaient constamment besoin d’espaces et de diversité pour la confection de leurs films. Mais progressivement, on s’était aperçu que le caractère trop sélectif, voire hermétique de la formule exclusive, qui généra une fronde, n’était plus viable et qu’il fallait engager un processus transitaire qui supposait une ouverture vers les destinataires locaux : cinéastes, journalistes, critiques et public(s). Cette mesure fut initiée lors de la troisième édition et battue en brèche avec la quatrième.

Le quatrième FIFM opéra un changement au niveau des objectifs. La dimension marketing fut relayée par celle qui entendit faire ériger cette manifestation en vrai Festival International. Ceci s’expliqua par l’ouverture qui s’est faite en direction des différentes composantes du champ cinématographique et médiatique, à l’échelle nationale et internationale. Pour ce, il fallait une grande mobilisation des médias pour une meilleure couverture, ce qui expliqua la présence d’un grand nombre de journalistes et de photographes (plus de 300), en plus des critiques, venus des quatre coins du monde pour assurer la couverture de cet événement cinématographique. C’est ainsi que cette édition consomma une rupture avec le concept initial et se débarrassa de cette tare congénitale qui avait marqué son parcours en donnant l’impression d’être un Festival franco-français. Désormais, on voulait aller plus loin en faisant de ce Festival un événement incontournable fort des acquis d’il y a trois ans, mais surtout ouvert sur un avenir plus prometteur.

Cette fois-ci, le FIFM fut perçu tout d’abord comme “un vecteur de communication pour le Maroc”, avec comme but avoué, la présentation du côté réel et séduisant d’un pays moderne, pacifiste et ouvert à d’autres espaces. Cette tendance se concrétisa par la présence remarquée d’un grand nombre d’intervenants dans le champ professionnel et médiatique, venus d’horizons divers. Pour Mélita Toscan du Plantier, il était nécessaire de “donner une image différente du monde musulman ; une image moderne, ouverte sur le monde, désireuse d’échanges culturels tout en s’appuyant sur la tradition des valeurs du Maroc”.

Il y a certes le charme séculaire de Marrakech qui opère. Cela est indiscutable, mais la présence des vedettes de renommée internationale illumine de leur éclat les arcanes du Palais du congrès. Ainsi, la présence de Youssef  Chahine auquel on a rendu un vibrant hommage, en présence de Yousra et de Nour Chérif lors de la séance d’ouverture a fini par donner le ton. Le second hommage plein d’émotion fut celui qui a honoré la célèbre actrice italienne Claudia Cardinale. Mais le moment le plus crucial fut la déclaration de Lawrence Fishburne à l’attention de Sean Connery  qui, pour la première fois, accepta qu’un festival lui rende hommage.

Les trois volets de la programmation associèrent, tout en les différenciant, des productions filmiques de grande facture, estampillés du sceau international.

Un grand choix était donc offert aux spectateurs qui avaient la possibilité de suivre durant toute une semaine une série de productions de grande qualité et qui brassait de multiples fictions venues de diverses contrées, permettant ainsi aux cinéphiles de découvrir des approches différentes et des styles variés.

Parallèlement, la production Bollywoodienne (avec certains classiques du cinéma Hindou), même si elle est périphérisée, fut maintenue pour le plaisir des inconditionnels du genre. Et comme pour marquer le pas, le Panorama consacré au cinéma marocain, engloba des films qui jalonnent l’histoire de la production locale allant de 1958 à 2000, une autre manière de chercher à affirmer le film marocain à travers des œuvres représentatives telles que Wechma, Alyam alyam, Alqanfoudi, Le coiffeur du quartier des pauvres, Un amour à Casablanca, Hadda, Badis Femmes et femmes et Ali Zaoua, entre autres.

En cinquième vitesse

Durant neuf jours (du 11 au 19 novembre 2005), 124 films furent projetés, toutes sections confondues, 3 hommages, une intégrale des films d’Abbas Kiarostami et un Panorama du cinéma espagnol (41 longs métrages emblématiques de ces cinquante dernières années).

Les initiateurs voulaient doper le festival mais aussi émettre un signal fort, expression d’une véritable maturité au moment où la rivalité était rude entre les différents festivals pour programmer les meilleures productions et surtout s’assurer la présence des têtes d’affiche : Martin Scorsese et Abbas Kiarostami pour les cinéphiles, Monica Bellucci et Rossy de Palma pour les fans des vedettes: le pari semblait gagné pour cette jeune manifestation qui ose jouer dans la cour des grands.

La compétition officielle, véritable cœur battant de tout festival de cinéma qui aspire à se forger une réputation, avait tablé sur la diversification. Les films en compétition représentèrent 15 nationalités et quatre continents mais avec une étonnante absence du cinéma d’Amérique du sud et une double présence du cinéma chinois avec deux films.

Un Panorama du Cinéma Espagnol fut également prévu, appuyé par une forte délégation toute en couleur et en mouvance. Un choix judicieux de films qui donna le ton à l’Année du Maroc en Espagne et l’année de l’Espagne au Maroc que des officiels des deux états préparèrent pour le début 2006.

Trois hommages furent rendus lors de cette édition: au célèbre comédien marocain Hamidou Benmesaoud, à Martin Scorsese, avec la projection de seize de ses films et à  Yash Chopra, considéré comme un avant-gardiste par plusieurs générations de réalisateurs.

«Pendant dix jours, nous étions ravis d’être à Marrakech et très contents de la qualité des films en compétition. Ils méritent tous d’être primés ; grâce à ce jury très uni, nous avons voté en écoutant notre cœur…»… C’est avec ces mots que Jean Jacques Annaud, président du jury , annonça samedi soir, la clôture de la cinquième édition du Festival du Film de Marrakech. Un moment solennel qui fut estampillé par l’hommage rendu à Abbas Kiarostami par Martin Scorsese, un témoignage où alternèrent grandeur et respect.

Les réalisateurs  iranien Abbas Kiarostami et américain Martin Scorsese furent les invités d’honneur de cette édition. Un hommage spécial fut rendu au réalisateur de Taxi Driver (1976), New York, New York (1977), Gangs of New York (2000) The Aviator (2004) qui également avait tourné plusieurs films au Maroc dont La Dernière Tentation Du Christ (1988) et Kundun (1997) en présence de plusieurs acteurs qui ont joué dans ses films. Parallèlement, une “intégrale” de l’oeuvre du cinéaste iranien Abbas Kiarostami fut l’un des points forts de cette cinquième édition avec entre autres films : Le Goût de La Cerise (Palme d’Or à Cannes en 1997), et Le Vent Nous Emportera (Grand Prix du Jury au Festival de Venise 1999 ) et qui encadra un atelier de scénario en faveur de jeunes cinéastes marocains.

Do ré mi fa so, la sixième

En finale de la cinquième édition, Martin Scorsese rendait hommage au Festival par les mots suivants: “Aujourd’hui plus que jamais nous avons besoin de nous parler, de nous écouter et de comprendre comment chacun de nous voit le monde, et le cinéma est le meilleur médium pour cela”. C’est dans cet esprit que le sixième Festival entend poursuivre sa quête de nouveaux talents, sa découverte d’horizons méconnus afin de faire de cette grande manifestation un lieu de convergence des diverses cinématographies internationales.

Et c’est au cinéaste Roman Polanski que reviendra l’honneur de présider le jury de la sixième édition du Festival International du Film de Marrakech (FIFM), prévue du 1er au 9 décembre.

Après le Maroc, auquel on a rendu hommage en 2004, puis l’Espagne mise à l’honneur en 2005, une rétrospective (une cinquantaine de films) sera consacrée cette année au cinéma italien afin de montrer la diversité de son patrimoine et la créativité de ses auteurs : « La Préférence Italienne », une véritable palette qui entend illustrer l’histoire du cinéma italien, des années 40 à nos jours, avec la présence d’une forte délégation de professionnels, composée de cinéastes, producteurs, comédiens et comédiennes qui recevra cet hommage le samedi 2 Décembre 2006.

Au-delà de son impact sur les plans économique et touristique, cet événement artistique qu’est le Festival International du Film de Marrakech, permet la création d’un espace de rencontres, d’échanges et de dialogue pour les différents acteurs, réalisateurs, amateurs et spécialistes du 7ème art.

En effet, pour les concepteurs du FIFM, l’enjeu consiste à valoriser davantage les acquis des éditions précédentes, en introduisant une certaine rigueur par rapport à la sélection des films, à la composition du jury ou au recentrage sur le cinéma lui-même. L’objectif avoué des organisateurs est de faire de cette manifestation un festival qui se distingue par une sélectivité au niveau des films en compétition en élargissant l’aire géographique (Amérique latine, par exemple), en diversifiant et renforçant la présence du cinéma arabe, africain et européen afin d’enrichir la programmation avec des oeuvres qui participent de la volonté d’ouverture, d’échange entre les différentes cultures et de découverte des talents confirmés, de nouvelles oeuvres et par-delà, divers horizons.

L‘article à venir : Quel FIFM pour 2010 ?

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