Qu’est-ce que la critique?
De crinein, qui signifie en grec juger. C’est un acte de l’esprit qui sépare ce qui mérite d’être affirmé et met en doute la prétention de ce qui se déploie au delà de son domaine d’application et donc ne mérite pas d’être affirmé.
1) La critique c’est un jugement d’appréciation: ce jugement est esthétique s’il porte sur une oeuvre d’art. Logique s’il porte sur un raisonnement. Intellectuel s’il porte sur une conception, une théorie ou une expérimentation. Moral, s’il porte sur une conduite.
2) Ce jugement d’appréciation est le fruit d’une activité de la raison, ce pouvoir de distinguer le vrai du faux, qui se comporte comme une sorte de tribunal:il distingue, sépare le vrai du faux, le bon du mauvais.. .et dénonce ce qui dans la religion, les manières de vivre,la politique… relève non de la réalité et de la vérité, mais d’inventions culturelles transmises par la tradition,ou du bon plaisir, du caprice, de l’arbitraire
3) Ce jugement d’appréciation prend pour objet la raison elle-même, par l’exercice de la critique de la raison: cette critique sépare, distingue le domaine dans lequel la raison peut s’exercer et celui ou elle délire chaque fois qu’elle prétend connaître l’absolu, ce qui a sa raison d’être en soi, ce à quoi rien de sensible ne correspond.
En bref:
- La critique est une activité de la raison qui discerne et qui juge, faisant la guerre à la prétention du droit ou du pouvoir, en établissant ce qui sonne creux, ce qui est imposture,: par exemple elle soumet le fanatisme à un examen appréciatif et polémique.
- La critique pose la question de la valeur de la connaissance et donc sur celle de la raison.
- La critique est de l’ordre de l’acte d’un esprit qui doute avant d’affirmer La critique est donc de l’ordre de la liberté de l’esprit.
ETRE CRITIQUE DE CINEMA !
Qu’est ce qu’un critique de cinéma ?
Est-ce celui qui écrit ses impressions concernant un film ? Peut-être le journaliste spécialisé ? Ou bien l’analyste – académicien ?
Il faut avouer que le premier contact qu’a un spectateur avec une œuvre cinématographique est un contact purement émotionnel. Cette première approche purement sensitive concerne tous les spectateurs ; elle ne constitue en aucun cas une approche critique du film! Cette attitude émotionnelle se désagrège, pour la majorité, dans un laps de temps, plus au moins long, après la fin du film. Reste qu’une partie des spectateurs va essayer d’intellectualiser ce sentiment, de chercher à savoir pourquoi ils ont aimé le film ou l’inverse. Là, on commence à voir apparaître l’ébauche d’une critique cinématographique, même si elle reste essentiellement impressionniste. Ce qui ne fait pas systématiquement de celui qui l’émet un critique de cinéma !
Un critique de cinéma est d’abord un cinéphile ; c’est-à-dire, en plus d’être passionné par le cinéma comme art et comme moyen d’expression, il doit avoir un vécu “filmique”. Il faut avoir vu beaucoup de films, surtout les œuvres majeurs de l’histoire du cinéma, pour se constituer des repères esthétiques, techniques et thématiques, de comparaison et d’analyse.
Quant aux repères objectifs, ils ne varient que dans un espace limité, régi par des normes établies (qui peuvent être transgressées dans certains cas, ou même transformées suivant l’apparition de technologies nouvelles ou selon la créativité d’un artiste ou d’un chercheur).
Ces repères objectifs se situent à deux niveaux :
- un niveau mécanique : comprend toute la panoplie des moyens de filmage qui permettent au récepteur de recevoir le film dans les meilleures conditions de réception. Ceci inclut les qualités de l’image, du son, de la lumière, ainsi que toutes les technologies qui permettent de faire un film.
- Le niveau narratif : comprend toutes les techniques en rapport avec la création et la créativité humaines et qui permettent au récepteur de comprendre un film. Ceci inclut l’utilisation consciente de la mécanique, l’écriture du scénario, le découpage, le filmage, le montage, le mixage, le jeu des acteurs, les dialogues, la musique…
Partant de ce constat, on comprend alors, qu’être cinéphile (et même cinéphile averti) est une condition nécessaire mais pas suffisante, pour être critique de cinéma. Il faut avoir, en plus, un savoir minimum de ce qu’est le cinéma d’un point de vue purement technique (mécanique et narrative) ; il faut pouvoir reconnaître un contre-plongée, un zoom, une ellipse, un plan de coupe, un hors champ ou un flash-back ; et il faut savoir aussi le pourquoi de l’utilisation de tel ou tel procédé et ce qu’il peut exprimer (utilisation consciente de la technique). Ceci est fondamental pour lire un film et l’analyser. Là, on est en pleine critique cinématographique consciente et professionnelle (dans le sens “valeur” et “pertinence”).
Un critique de cinéma a besoin d’un surplus d’apports qui dépasse le cinéma lui-même ; Il lui faut une culture générale variée et quasi-complète.
La critique et l’analyse des films ne peuvent qu’être incomplètes sans ces apports hors cinéma. Ceci tient de l’essence même du cinéma comme art ; car, à regarder de plus prés, on remarque que le septième Art n’est pas un art comme les autres : il les inclut tous ; il en est le mélange et la synthèse. Dans un film, on trouve la photo, la musique, l’écriture romanesque, le théâtre, la peinture, la sculpture et à plusieurs occasions, la poésie.
Et si le cinéma englobe tant de diversité, il devient logique, et même nécessaire, que le critique de cinéma ait une connaissance minimale de cette diversité.
Alors, qu’appelle t-on critique cinématographique ?
Et bien, ajouter un zeste de philo à tout ce qui est écrit plus haut, plus un peu de connaissance des techniques de communication, plus une once de sciences sociales, de géopolitique et de quelques autres domaines de ce qui fait la vie des humains, et vous aurez la réponse !