Le commencement de la fin
La deuxième chaîne a eu l’idée de s’attaquer à un dossier épineux celui du cinéma dans notre pays. L’émission ”moubacharatane ma’akoum“ (“En direct avec vous”) a abordé le sujet en sautant constamment du coq à l’âne. (voir article dans spécial cinéma).
Mauvaise préparation ou précipitation comme à l’accoutumée ?
En tous cas, les auditeurs , toutes catégories confondues, ont exprimé leur déception quant à la gestion télévisuelle d’un dossier qui méritait mieux. Le panel constitué des différents intervenants ne reflétait aucunément les tendances qui devaient s’exprimer à propos de ce dossier. L’absence de structuration du débat a poussé les points de vue vers l’enlisement dans des considérations secondaires, déviant ainsi du vrai problème qui a été noyauté grâce à l’incompétence de l’”animateur”, soutenu en cela par la redondance des uns et l’étroitesse d’esprit des autres.
La question du cinéma est devenue assez problématique du fait que les discours en place se confrontent et s’opposent. Il y a la position de l’institution qui entend défendre son point de vue (ce qui est logique) et les détracteurs de cette tendance institutionnelle qui ne s’empêchent pas de remettre un certain nombre de postulats. Il est vrai que le Maroc a pu tout au long des vingt dernières années a pu progresser de manière significative côté production filmique pour passe de dix à quinze films cette année, alors que la profusion des courts métrages bat le record des
films. Mais la question qui demeure, et au-delà du credo qui entend faire de la quantité pour en faire émerger la qualité ne convainc pas la majorité des intéressés. On y voit là juste un raisonnement de comptabilité administrative qui tend à faire du bilan pour pouvoir justifier le maintien dans les postes de responsabilité.
Les différents intervenants à l’émission de 2M, bien qu’ils soient au fait de certaines réalités ne peuvent pas avoir ni la distance nécessaire ni le courage de poser les vrais problèmes que connaît le secteur. Le représentant du CCM, en l’occurrence M. Stitou défend une situation de bilan et ce n’est pas à lui de tenir un discours critique. M. Fassi Fihri, président de la Chambre Marocaine des Producteurs de films, en figure pâle du débat se rétractait et se trouvait dans une position quasi défensive, au vu des intérêts qui le lient à la direction du CCM lui imposaient »un droit de réserve ». Bouchra Ijork, quant à elle s’est trouvée embarquée dans une aventure et se débattait pour exprimer certaines vérités mais sans jamais pouvoir y arriver finalement à se faire entendre, malgré les bonnes intentions qu’elle manifestait en parlant de certains sujets comme les problèmes des acteurs, de la déficience des producteurs, etc… M. Nrais journaliste itinérant et critique en herbe prend sur lui la responsabilité de défendre de manière gauche le point de vue de l’institution qui l’a désigné aussi bien dans le jury du dernier festival de Tanger et de la commission sur avance sur recettes (pour deux ans, et des indemnités de 20.000 DH). Et donc il avait peiné à faire valoir les bienfaits de l’orientation du Centre, mais en peinant à faire l’apologie du bilan actuel du Centre Cinématographique Marocain. Les seul son de cloche dissonant dans ce débat était celui de M. Elmarrakchi, président de la Chambre Marocaine des Exploitants et qui a fustigé la « politique » du CCM en essayant de mettre l’accent sur les points noirs que connaît le secteur dans le pays. Mais l’absence de vision globale et le manque de distance vis-à-vis du champ cinématographique l’avait desservi, surtout qu’il tenait à marteler haut et fort que le vrai mal venait du piratage, ce qui est une manière de réduire la problématique du cinéma au Maroc.
Donc, discours tendancieux, attitude conciliante, postures défensives et vision réductrice ne peuvent qu’enserrer le débat dans une aire très restreinte. Il faut dire que les invités étaient en situation de repli puisque la méconnaissance du dossier par Goulahsen ne permettait pas de trouver dès le départ un angle d’attaque pour pouvoir aborder les véritables questions propres au cinéma. Le choix des intervenants étant mal opéré, cela ne pouvait que tourner en rond. Et la boucle est bouclée : lamentable prestation qui remet en question le dysfonctionnement d’une structure télévisuelle privilégiant davantage le staff technique (voir le post générique). C’est effarant quand on voit défiler juste après le nom de l’animateur, celui de la coordinatrice, suivi immédiatement de tous les techniciens de la chaîne : ils sont légion.
Ce qui a fait vraiment défaut dans cette émission c’est l’absence des personnes ressources tant au niveau de la préparation et de la recherche que du côté des invités. Et le comble de la bêtise c’est lorsque l’animateur déclare naïvement qu’il n’y a pas d’études sur les spectateurs marocains. Mais que voulez-vous, c’est la téloche qui bouge et bonjour les dégâts, car on ne fait pas d’omelette sans faire de la casse.
moulay driss jaïdi
